Le visiteur
 

 

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Le narrateur est en Bretagne. Vers minuit, on frappe à la porte.

En ce moment l'heure sonna, dehors, à l'église, dans le vent nocturne.

- Qui est là ? demandai-je à voix basse.

La lueur s'éteignit : j'allais m'approcher...

Mais la porte s'ouvrit, largement, lentement, silencieusement.

En face de moi, dans le corridor, se tenait, debout, une forme haute et noire - un prêtre, le tricorne sur la tête. La lune l'éclairait tout entier, à l'exception de la figure : je ne voyais que le feu de ses prunelles qui me considéraient avec une solennelle fixité.

Le souffle de l'autre monde enveloppait ce visiteur, son attitude m'oppressait l'âme. Paralysé par une frayeur qui s'enfla instantanément jusqu'au paroxysme, je contemplais le désolant personnage, en silence.

Tout à coup le prêtre éleva le bras, avec lenteur, vers moi. Il me présentait une chose lourde et vague. C'était un manteau. Un grand manteau noir, un manteau de voyage. Il me le tendait, comme pour me l'offrir !...

Je fermai les yeux pour ne pas voir cela. Oh ! je ne voulais pas voir cela ! Mais un oiseau de nuit, avec un cri affreux, passa entre nous, et le vent de ses ailes, m'effleurant les paupières, me les fit ouvrir. Je sentis qu'il voletait par la chambre.

Alors, - et avec un râle d'angoisse, car les forces me trahissaient pour crier, - je repoussai la porte de mes deux mains crispées et étendues, et je donnai un violent tour de clef, frénétique et les cheveux dressés.

Villiers de l'Isle Adam, Contes Cruels, 1883.

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Dernière mise à jour le : 11/05/2002